La vie et l'amour sont la même chose,quand il n'y
a pas d'amour ,il n'y a pas de vie
Blog éclectique de la connaissance et du savoir.
Savoir ce que tout le monde sait, c'est ne rien savoir. Le savoir commence là où commence ce que le monde ignore.
Rémy de Gourmont
Quelques jours après, La Fayette alla prendre une autre position dans le camp retranché de Maubeuge, ayant encore son avant-garde très loin de lui, dans les bois de Malplaquet et de la Glisuelle. Cette avant-garde fut encore surprise par le même corps autrichien, parti de Mons à la faveur de la nuit. Le bataillon des volontaires de la Côte-d'Or eut beaucoup à souffrir dans cette rencontre, qui coûta la vie au général Gouvion, aide de camp et ami dévoué de La Fayette. Le général survint, rétablit le combat et força l'ennemi à se replier en désordre sur la route de Mons. Mais ce faible avantage n'était guère propre à balancer l'influence fâcheuse que ces deux échecs, quoique peu considérables en eux-mêmes, pouvaient exercer sur le moral de l'armée au début d'une campagne.
Mieux avisé, La Fayette se retrancha à Tesnières sous Bavay dans l'intention d'y tenir en échec le général autrichien Clairfayt, lequel manœuvrait pour se réunir à l'armée ennemie, qui campait sous Tournai. Mais il fut aussitôt appelé au commandement de l'armée du Nord, en remplacement de Rochambeau, et porta son quartier général à Cerfontaine, à Longwy, puis à Sedan.
Il bat l'ennemi à Florennes. Voulant se porter de Metz sur Namur, il apprend à Dinant la défaite des deux corps de Dillon et de Biron, et se hâte d'opérer sa retraite.
Cependant, les événements de plus en plus graves de l'intérieur de la France attiraient toute l'attention de La Fayette. Élevé au prix de tant de sang et de sacrifices, l'édifice constitutionnel s'écroulait rapidement sous les coups redoublés des jacobins et des girondins. La Fayette présuma assez d'un reste de popularité pour espérer que l'exposition de ses idées sur cette alarmante situation pourrait produire un effet utile. Voyant que la vie du couple royal était, chaque jour, de plus en plus menacée, il s'oppose au parti jacobin, avec l'intention d'utiliser son armée pour rétablir une monarchie constitutionnelle.
Le 16 juin, il écrivit, de son camp de Maubeuge, une longue lettre à l'assemblée législative, où il dénonça avec énergie la faction jacobine comme l'instigatrice patente de tous les désordres dont les bons citoyens avaient à gémir. Il s'appliquait ensuite à prévenir toute inculpation personnelle en parlant noblement, de lui-même, de son intervention dans la guerre de l'Indépendance, de son zèle à défendre la liberté et la souveraineté des peuples et rappelait la Déclaration des droits, dont il avait été le promoteur. Il adjurait, en terminant, l'assemblée de rétablir l'égalité civile et la liberté religieuse sur leurs véritables bases ; de faire respecter l'intégrité du pouvoir royal, et d'anéantir le régime des organisateur des clubs et des sociétés secrètes. La lecture de cette lettre, dont La Fayette avait adressé une copie au roi, excita dans l'assemblée une vive rumeur.
Le côté droit seul y applaudit et en fit décréter l'impression. Les girondins, par l'organe de Vergniaud et de Guadet, s'efforcèrent d'alarmer leurs collègues sur les dangers que faisaient courir à la liberté de pareilles remontrances, adressées à une assemblée délibérante par un chef militaire, et affectèrent des doutes hypocrites sur l'authenticité de sa signature ; ils demandèrent que la lettre fût renvoyée à un comité, afin que l'assemblée pût venger le général du lâche qui avait osé se couvrir de son nom. Cette proposition fut adoptée, et quelques voix réclamèrent sans succès l'envoi de ce manifeste aux départements. Mais, peu de jours après, soixante-quinze administrations départementales adhérèrent formellement aux considérations développées par le général.
Cette lettre fut mal reçue de la majorité. La Fayette en apprit le mauvais effet en même temps que la journée du 20 juin. Il ne peut marcher sur Paris, son armée stationnée à Pont-sur-Sambre refuse de le suivre, notamment grâce à l’opposition de Gobert.
Lors de cette 20 juin 1792, autre Journée révolutionnaire, au Louvre, la Garde nationale est absente, laissant le peuple aborder le roi en tête à tête [45]
Plusieurs amis de La Fayette, et notamment Dupont de Nemours, lui mandèrent que cette journée avait produit dans le public un sentiment de réaction assez vif pour que sa présence à Paris pût lui imprimer une impulsion décisive. La Fayette n'hésita pas.
Malgré les avis timorés de Luckner, La Fayette quitta aussitôt son armée, et le 28 il était à la barre de l'Assemblée. Il avoua hautement la lettre qui avait été lue en son nom, et déclara qu'il avait été chargé, par tous les corps de son armée, d'improuver les insultes faites au roi et de demander la destruction de cette secte qui envahissait la souveraineté, et dont les projets étaient connus.
L'intrépide allocution de La Fayette fut accueillie avec enthousiasme par le côté droit, et par un morne silence dans le côté gauche.[En quittant l'assemblée, La Fayette se rendit chez le roi, qui l'accueillit avec bienveillance, mais avec réserve. Madame Elisabeth, présente à cette entrevue, conjura son frère de se jeter dans les bras du seul homme qui pût le sauver ; mais la reine, aigrie par de fâcheux souvenirs, s'était déjà prononcée contre toute tentative d'évasion à laquelle le général pourrait prendre part ; elle déclara qu'elle aimait mieux mourir que de lui devoir sa délivrance.[47] L'indécision de Louis XVI et la répugnance de la reine firent avorter ce projet, dont le succès eût été fort problématique d'ailleurs, dans l'état d'effervescence de l'opinion publique. À la suite d'une revue passée le lendemain, en présence du roi, et dans laquelle La Fayette essaya vainement de rendre quelque énergie aux citoyens, le général s'éloigna le désespoir dans le cœur. La multitude l'avait plusieurs fois salué de ses acclamations dans ce court séjour à Paris, et la garde nationale lui avait fourni un poste d'honneur. Il quitta Paris pour rejoindre son armée et fut brûlé en effigie dans les rues de Paris.
Ce furent les derniers soupirs de cette popularité qui avait pris naissance sur les ruines de la Bastille, pour s'éteindre dans les journées du 20 juin et du 10 août. Sa démarche n'avait rendu au pouvoir exécutif qu'une vigueur passagère ; le maire et le procureur de la commune furent suspendus pour leur conduite au 20 juin ; mais l'assemblée annula bientôt cette décision.
A son retour à l'armée, La Fayette voulut tenter un dernier effort ; il pensa qu'une victoire pourrait changer l'état des esprits, et fit proposer à Luckner, par le colonel Bureaux de Pusy, son ancien collègue et son ami, d'attaquer les Autrichiens à Jemmapes ; mais le maréchal s'y refusa formellement.[48]
Tandis que les jacobins lui suscitaient à l'armée mille tracasseries de détail, lui refusaient les renforts dont il avait besoin, interceptaient ou dénaturaient ses dépêches, circonscrivaient son commandement, et appelaient Luckner, exclusivement à lui, à la fédération du 14 juillet, ses ennemis, d'un autre côté, ne demeuraient point inactifs. Il s'écoulait peu de jours qu'il ne fût dénoncé à la barre de l'assemblée par quelque section de la capitale, comme un citoyen rebelle, comme un autre Cromwell, qui aspirait à substituer le despotisme militaire au régime légal et à renverser la constitution par la constitution elle-même. Ces dénonciations rencontrèrent d'imposants appuis dans les députes Vergniaud et Delaunay, qui prononcèrent l'un et l'autre de longs discours sur les dangers de la patrieCes vagues inculpations se compliquèrent d'un incident qui, plus adroitement combiné, eût pu devenir fatal à La Fayette.[ Cependant, dans la séance du 6 août, Jean Debry, organe de la commission à laquelle avait été déféré l'examen de la conduite du général, conclut à sa mise en accusation ; mais cette proposition, soutenue par Brissot, et combattue avec chaleur par Vincent-Marie Viénot de Vaublanc et de Quatremère de Quincy, fut repoussée à la majorité de 406 voix contre 224. Cette décision faillit coûter cher aux députés qui l'avaient provoquée. Au sortir de la séance ils furent assaillis, frappés, menacés de mort, et ne durent leur salut qu'à la protection de la garde nationale. Selon Hippolyte Taine: « Quant au principal défenseur de La Fayette, M. de Vaublanc, assailli trois fois, il eut la précaution de ne pas rentrer chez lui; mais des furieux investissent sa maison en criant que « quatre-vingt citoyens doivent périr de leur main, et lui le premier » ; douze hommes montent à son appartement, y fouillent partout recommencent la perquisition dans les maisons voisines, et, ne pouvant l'empoigner lui même, cherche sa famille; on l'avertit que s'il rentre à son domicile, il sera massacré Galiot Mandat de Grancey le remplace à la tête de la Garde nationale. Mais, le 10 août, il est massacré et La Fayette destitué et décrété d'accusation. À la nouvelle du 10 août 1792, le premier soin de La Fayette fut de se rendre au directoire du département des Ardennes, le corps constitué le plus rapproché de lui ; il lui déclara son refus de reconnaître le nouveau gouvernement, et une assemblée évidemment opprimée par la faction qui dominait à Paris.
Il adressa ensuite aux troupes une proclamation énergique, et tenta d'organiser, entre plusieurs départements de l'Est, une fédération dans l'objet de résister aux jacobins ; mais le duc de Brunswick ayant, en ce moment même, commencé son invasion en France, cette entreprise ne put avoir aucune suite, La Fayette se borna à faire arrêter trois commissaires envoyés à son armée par l'assemblée. Cette levée de boucliers eût pu déterminer une impulsion salutaire, si ses compagnons d'armes l'avaient secondé : mais Rochambeau s'était démis de son commandement, Luckner mollit; le général Biron, ami du duc d'Orléans, soutint les jacobins, et Dillon traita avec Dumouriez, au lieu de punir sa désobéissance aux ordres de Luckner, qui lui avait mandé de venir le joindre. Ces défections successives rendirent la situation de La Fayette fort critique.
Après quelques précautions destinées à assurer le salut de son armée, il partit secrètement de Sedan, dans la nuit du 19 août, avec César de Latour-Maubourg, Alexandre de Lameth, Bureaux de Pusy et quelques autres officiers, et se dirigea vers la forêt des Ardennes, sous prétexte de faire une reconnaissance. Il voulut alors passer en pays neutre, obligé de se réfugier à Liège.
Bureaux de Pusy fut député à Rochefort pour demander le passage « en faveur d'officiers forcés de quitter l'armée française » ce qui fut accordé. Mais, à son entrée à Rochefort, La Fayette fut reconnu et contraint de se nommer. Informé de cette capture inespérée, le feld-maréchal autrichien Moitelle, qui commandait à Namur, y fit amener les fugitifs sous bonne escorte, et l'on prévint La Fayette que le prince Charles de Lorraine allait venir de Bruxelles pour le consulter sur l'état intérieur de la France Le général, Lameth, Latour-Maubourg et Bureaux de Pusy furent conduits au château de Luxembourg. Avant son départ, La Fayette dicta à Romeuf, son aide de camp, une déclaration destinée à être rendue publique dans le cas où il succomberait dans sa captivité : déclaration énergique et même menaçante pour les gouvernements absolus[
Captivité
Transféré à Neisse, en Silésie, il y fut traité un peu moins rigoureusement. Enfin, au mois de mai 1795, par suite du traité de paix conclu entre la France et la Prusse, La Fayette, Bureaux de Pusy et Latour-Maubourg furent rendus aux Autrichiens et conduits dans la forteresse d'Olomouc en Moravie, où ils furent séparés et privés de toute communication avec le dehors, et où il subit toutes les tortures pendant cinq ans.[Tandis que La Fayette essuyait ainsi toutes les angoisses de la plus dure captivité, la faction qui dominait en France n'omettait aucune persécution propre à se venger d'une retraite qui avait dérobé sa tête à l'échafaud[
La Terreur en France
L'heure de la délivrance
Cependant La Fayette se retira dans son château de Lagrange à Courpalay, (Seine-et-Marne), dans une propriété de sa femme qu'il avait héritée de sa belle-mère, et cet acte de prudence calma graduellement les dispositions ombrageuses du premier Consul.
La Fayette se lie d'amitié avec Joseph Bonaparte et dans un premier temps se voit accorder quelques faveurs. Il est rayé de la liste des émigrés, reçoit une retraite de 6 000 francs tandis que son fils, Georges Washington de La Fayette devient officier dans un régiment de hussards. Il obtint pour son fils un grade dans l'armée et pour lui le titre de membre du conseil général de la Haute-Loire, avec le maximum de la pension de retraite de son grade.
Bien qu'un peu blessé de ces négations successives, le vainqueur de Marengo avait montré à La Fayette de l'ouverture et de la simplicité.[ Lors de la rotation du consulat à vie, La Fayette déclara qu'il ne l'approuverait pas tant que la liberté publique ne serait point garantie, et il développa cette opinion dans une lettre dont la franchise ne parut pas trop déplaire au maître de la France ; cependant, ce fut alors que les relations de ces deux hommes cessèrent entièrement. La rupture intervient en 1802 car La Fayette s'oppose au titre de consul à vie de Napoléon dans une lettre écrite le 20 mai.[La Fayette s'éleva avec énergie contre l'exécution du duc d'Enghien. La Fayette refuse, à plusieurs reprises, d'entrer au Sénat et ne cache pas son hostilité au régime.
En 1804, il vote contre le titre d'Empereur. À partir de cet instant La Fayette se tient à l'écart de la vie publique et s'adonne à l'agriculture et l'élevage dans son domaine briard.
A l'époque de l'institution de la Légion d'honneur, l'empereur lui fit proposer, par le comte de Ségur, son parent, d'être un des dignitaires de l'ordre ; mais La Fayette refusa ce cordon comme un ridicule, et l'on n'y revint plus. Son isolement finit par indisposer Napoléon, qui supportait difficilement toute position en dehors de son gouvernement ; et, lorsque, après la campagne d'Ulm, Georges de Lafayette, fils unique du général, qui servait comme lieutenant de hussards, fut proposé pour un grade supérieur, l'empereur lui-même repoussa cette promotion avec une persistance puérile.
Les splendeurs croissantes de l'empire achevèrent de condamner La Fayette à une obscurité absolue. Ses ennemis supposaient qu'il endurait cette situation avec peine ; aussi, une chute grave qu'il fit sur la glace, à cette époque, ayant excité quelque intérêt, on prétendit que le héros des deux mondes n'avait trouvé que ce moyen de faire parler de lui. On le sollicita vivement alors de visiter l'Amérique, ce théâtre de ses premiers exploits ; mais il s'en défendit par la crainte que le gouvernement impérial ne mît obstacle à son retour. Cette appréhension n'était pas sans fondement.
Napoléon, qui ne le perdait pas de vue, disait un jour au conseil d'État : « Tout le monde en France est corrigé, excepté La Fayette : vous le voyez tranquille, eh bien ! je vous dis, moi, qu'il est prêt à recommencer. »
Le général nous apprend lui-même, dans ses Mémoires, qu'il revit avec plaisir le régime pacificateur de la restauration, dont les princes, ses contemporains, avaient été ses compagnons d'enfance ou de jeunesse. Cédant à l'entraînement universel, il parut aux Tuileries avec l'uniforme d'officier général et la cocarde blanche, et il y fut bien accueilli.
Cette visite, toutefois, fut la seule qu'il rendit aux frères de Louis XVI ; l'esprit général du gouvernement, des attaques semi-officielles dirigées contre lui, ne tardèrent pas à réveiller ses anciens ressentiments, et il s'abstint de reparaître au château. Cette retraite fut une faute regrettable des Bourbons ; quelques égards sans conséquence eussent suffi pour rallier ou pour neutraliser celui qui devint bientôt leur plus implacable et leur plus dangereux adversaire. La Fayette eut à cette époque plusieurs conférences avec l'empereur de Russie, et ce souverain libéral d'un État despotique se plaignit ouvertement à lui du peu de libéralisme de cette dynastie que la mauvaise foi, bien plus que l'erreur, lui a si souvent reproché d'avoir imposée à la France.
Dans une réunion à laquelle il fut appelé, chez Laine, pour débattre le parti le plus convenable aux circonstances, il proposa sérieusement de mettre le duc d'Orléans à la tête des troupes, et de réunir tous les membres survivants des assemblées nationales depuis 1789, afin d'opposer une grande force morale à la puissance matérielle de Bonaparte. Cette opinion, comme on pense, demeura sans écho.
La Fayette demeura trois jours à Paris, comme pour faire parade de sécurité personnelle, puis il alla s'ensevelir, dans son château de la Grange. Napoléon était rentré aux Tuileries sans coup férir. Un républicain moins austère et moins désintéressé que La Fayette, Benjamin Constant, qu'avait récemment signalé l'ardeur de son hostilité contre le régime impérial, venait d'accepter le titre de conseiller d'État.[
La fin du Premier Empire
Il est incité à revenir sur le devant de la scène politique ; appelé à la présidence du collège électoral de Seine-et-Marne, puis à la députation de ce département lors des Cent-Jours. Il vit se rouvrir pour lui, après vingt-trois ans d'interruption, la carrière parlementaire, dans les conjonctures les plus favorables à ses théories d'opposition et de démocratie.
Un concours imposant de suffrages l'éleva à la vice-présidence de la chambre des représentants, et il fit partie, en cette qualité, de la députation chargée de recevoir Napoléon au palais de la chambre, lorsqu'il vint en personne ouvrir sa courte session.[65] La Fayette ne prit pour ainsi dire aucune part aux débats de la chambre des Cent-Jours. : il semblait se réserver tout entier pour de plus hautes circonstances. La bataille de Waterloo éclata comme un coup de foudre sur la capitale et sur la France entière.
Napoléon reparut, et mille bruits de dissolution et de dictature militaire agitèrent les esprits. Ce fut alors que La Fayette monta à la tribune (21 juin) pour élever, dit-il : après bien des années, une voix que reconnaîtraient les vrais amis de la liberté. Cette énergique motion, qui fut accueillie, n'était pas moins intempestive qu'inconstitutionnelle. La Fayette n'était, en cette occasion, que l'instrument d'une intrigue habilement ourdie par Fouché, qui, désespérant du succès de ses vœux secrets en faveur du duc d'Orléans, acceptait la branche aînée des Bourbons comme un pis-aller.
Napoléon consentit avec peine à laisser aller ses ministres à la chambre, et leur adjoignit Lucien Bonaparte, qui défendit avec beaucoup de véhémence les intérêts de son frère.. Cet orateur ayant, dans la chaleur de l'improvisation, parlé de la légèreté des Français, La Fayette répondit que cette imputation était calomnieuse, et que si la nation n'avait pas suivi Napoléon dans les sables d'Égypte, dans les déserts de la Russie, et sur cinquante champs de bataille, le pays n'aurait pas trois millions de Français à regretter. Le lendemain matin, il fit prévenir l'empereur que, s'il ne se décidait pas à abdiquer, lui-même allait proposer sa déchéance. Napoléon abdiqua, les chambres proclamèrent Napoléon II, et la commission de gouvernement, sur la proposition de Fouché qui la présidait, députa aux souverains alliés des plénipotentiaires chargés d'arrêter leur marche sur Paris, et de traiter de la paix au nom de la France.
La Fayette et Voyer d'Argenson faisaient partie de cette députation dont l'objet apparent était de détourner les puissances étrangères du projet de rétablir les Bourbons sur le trône de France. Mais cette frivole ambassade n'avait pas d'autre but, en réalité, que d'amuser l'impatience du parti révolutionnaire, et d'éloigner un agitateur propre à contrarier les projets de restauration auxquels Fouché s'était dévoué. Les plénipotentiaires se dirigèrent sur Manheim, puis sur Haguenau ; mais ils ne purent être admis auprès de l'empereur Alexandre de Russie, dont La Fayette sollicita vainement une audience, et leurs négociations se bornèrent à quelques conférences sans résultats avec des commissaires désignés par ce prince et par les autres souverains coalisés. Ce fut dans l'un de ces pourparlers que le commissaire anglais ayant fait entendre que la France n'obtiendrait la paix qu'en livrant Napoléon aux puissances coalisées [67] Napoléon, abattu, inspira à cette grande âme la sympathie que La Fayette avait refusée constamment à sa haute fortune. Il fit offrir à son ancien libérateur les moyens d'assurer son passage aux États-Unis ; mais l'ex-empereur, qui garda jusqu'au tombeau le souvenir de sa dernière agression, préféra se confier à la générosité britannique.
Le général passa dans une retraite absolue les trois premières années de la restauration de 1815, période d'incriminations et de violences, où la ferveur outrée de la réaction royaliste eût difficilement permis une position politique à l'ancien promoteur de la Déclaration des droits. Au mois de novembre 1818, le collège électoral de la Sarthe l'envoya à la chambre, et il vint prendre, à l'extrême gauche, la place qu'il ne cessa plus d'occuper jusqu'à la révolution de 1830.
Ses principaux discours furent ceux qu'il prononça, en sur la pétition pour le rappel des bannis et sur le budget de cette année ; en 1820, pour solliciter la réorganisation de la garde nationale, sur le maintien de la loi d'élection, sur les projets de loi relatifs à la liberté individuelle, à la censure et aux élections.[68] Les révolutions espagnole et napolitaine, auxquelles ses encouragements n'avaient eu que trop départ, venaient d'échouer par suite des mesures prises de concert entre les souverains alliés. Cette impuissance jointe au ressentiment de plus en plus vif du général contre les hommes et le système de la restauration, explique la résolution qui le précipita dans les complots. Lui-même, dans un sentiment de droiture, avait pris soin de déclarer à la tribune qu'il se regardait comme délié de ses serments par les violations qu'avait, selon lui, éprouvées la charte constitutionnelle.
Chez lui, la foi monarchique était essentiellement subordonnée au respect du gouvernement pour les droits du peuple, entendus dans leur acception, la plus illimitée. Tout acte en dehors de ce cercle redoutable lui semblait une espèce de sacrilège auquel il ne se faisait aucun scrupule de répondre par l'insurrection. Le temps n'a soulevé que lentement le voile qui couvrait ces associations mystérieuses, et La Fayette lui-même s'est montré fort discret, dans ses Mémoires, sur la mesure exacte de sa participation.
La première conspiration dans laquelle son nom se trouva mêlé d'une manière sérieuse fut le complot militaire d'août 1820, où plusieurs déclarations le désignèrent comme un des chefs du mouvement. Ces révélations parurent insuffisantes, toutefois, pour autoriser une action légale. Dans le procès intenté au mois de mars à Goyet et à Sauquaire-Souligné, prévenus d'attentat contre la sûreté de l'État, La Fayette parut comme témoin, et le ministère public n'hésita point à attribuer aux encouragements consignés dans ses lettres, qui furent produites à l'audience, le dangereux entraînement qui avait placé les prévenus sous la main de la justice. L'une de ces lettres, adressée aux jeunes gens du Mans, offrait alors les caractères d'une provocation à la révolte. Vertement interpelé à cette occasion par le président de la cour d'assises, La Fayette répondit fièrement qu'il persistait dans des opinions dont il n'était responsable qu'à la chambre des députés.
L'échec de ces premiers complots contre la restauration inspira bientôt à l'esprit de faction l'établissement de sociétés secrètes permanentes, destinées à stimuler et à régulariser ces tentatives, à les lier entre elles, et à marquer les temps et les lieux où les conjurés pourraient agir efficacement. La Fayette entra dans la plus importante de ces associations et en devint bientôt le membre le plus influent par l'illustration attachée à son passé politique, par la facilité de son accès, par sa docilité à répondre à toutes les propositions insurrectionnelles et à encourager tous les complots.[Prodigue en effet d'encouragements et d'espérances, le vétéran de l'insurrection ne s'engageait dans aucune entreprise avant d'en avoir calculé avec soin les ressources et les moyens d'action[70], et, il n'y participait qu'après avoir pris toutes les précautions propres, en cas d'échec, à garantir sa sécurité personnelle. Il abandonnait aux conspirateurs subalternes le lot de l'agression et du péril, ne s'exposant qu'avec une extrême prudence aux atteintes d'un gouvernement dénué de vigueur et d'initiative, et dont la politique ménageait secrètement dans La Fayette un principe de résistance et de contrepoids aux ardeurs des ultra-royalistes.
Le général Foy désavoua, avec une chaleur probablement sincère, la complicité qui lui était attribuée, et soutint que de elles infamies étaient l'œuvre du ministère. La Fayette monta à la tribune au milieu du tumulte, et fit entendre quelques paroles qu'on peut considérer comme la provocation la plus audacieuse peut-être dont ait jamais retenti une assemblée délibérante[ On a généralement supposé que cette provocation s'adressait à Louis XVIII lui- même, et qu'elle avait trait à quelque particularité peu connue de la conduite de ce prince envers le marquis de Favras. Quoi qu'il en soit, pour trancher cet éclatant défi, il fallait à La Fayette une conscience bien profonde de la puissance de ses révélations ou de la faiblesse du gouvernement qu'il accablait ainsi du sentiment de son impunité.
Rien n'était plus véritable, en effet, que la complicité du général avec les conjurés de Saumur. C'est dans l'hôtel même de La Fayette, et en sa présence, que deux d'entre eux Grandmenil et Baudrillet, avaient formé le plan et concerté les principales dispositions du complot. Ces circonstances avaient été révélées à la justice par Baudrillet ; mais une inqualifiable omission en avait fait évanouir l'importance.[72] On se figure aisément les proportions qu'un tel évènement eût données aux débats et les révélations dont il fût devenu la source. La préoccupation de la chambre lui déroba cet incident, qui n'a été divulgué que bien des années plus tard.[73]
Lorsqu'un mois après, les débats du procès de Berton eurent lieu devant la cour d'assises de Poitiers, M. Mangin soutint avec force ses premières affirmations, et fit entendre ces paroles, qui ne caractérisaient que trop fidèlement les rapports de La Fayette avec les conjurés : Le complot de Berton fut le dernier auquel se trouva mêlé le nom de La Fayette, et les ventes du carbonarisme prirent fin elles-mêmes en 1823.
Mais le général partit du Havre en juin 1824, accompagné de son fils et d'un secrétaire, sur un simple bâtiment de commerce. Il débarqua le 16 août dans la baie de New-York, où sa réception présenta un caractère d'universalité et d'entraînement inouï peut-être jusqu'à ce jour chez aucun peuple. Une escadre de neuf vaisseaux à vapeur, élégamment pavoises et montés par plus de six mille citoyens de tout âge, de tout sexe et de toute condition, était en station dans le port. Le vice-président de la république et l'ancien gouverneur de New-Jersey vinrent le recevoir à son bord. La Fayette se rendit au milieu d'un cortège imposant, au bruit des salves d'artillerie et d'acclamations multipliées, à l'hôtel de ville, où il fut complimenté par tous les ordres de l'État.
Les portes de cet édifice furent ouvertes, et la personne du général fut, pour ainsi dire, livrée pendant plus de deux heures à l'adoration d'une multitude en délire. Un banquet nombreux, les toasts les plus flatteurs, de brillantes illuminations, terminèrent cette première journée triomphale. La Fayette visita successivement les États de New-York, du Massachusetts, de New-Hampshire, de Pennsylvanie, de Baltimore, de Virginie, du Maryland, de Caroline du Nord et de Caroline du Sud, de la Géorgie, d'Alabama, s'arrêta à Boston, à Portsmouth ?, à Newburg, à Hudson, à Albany, à Philadelphie, à Baltimore ; et partout il fut accueilli avec les mêmes transports d'enthousiasme, partout des hommages extraordinaires furent décernés à l'hôte de la nation. Les populations rurales, dit M. Levasseur, historien de ce voyage, accouraient de plus de vingt milles à la ronde au-devant de lui. À Washington, siège du congrès, La Fayette fut reçu par le président Monroe, qui lui donna un dîner splendide, auquel assistèrent tous les ministres étrangers, excepté ceux de France, d'Angleterre et de Russie.
Il visita avec attendrissement et vénération, à Mount Vernon, le tombeau de Washington, ainsi que la maison et le jardin de ce grand citoyen, descendit le Potomac, et s'arrêta à Yorktown, théâtre d'une des actions les plus mémorables de la guerre de l'Indépendance. Le colonel Lewis, qui le harangua à son débarquement dans cette ville, l'engagea d'une manière pressante à fixer son séjour en AmériqueLe général fit une courte excursion parmi les tribus indiennes à demi sauvages d'Uchee-Cruk et de Line-Cruk, qui l'accueillirent avec une touchante cordialité. La Fayette visita Fayetteville, Charlestown, Savannah, où il posa la première pierre d'un monument à la mémoire du général Greene ; puis, remontant le Mississipi, il parcourut la Nouvelle-Orléans, dont l'ancienne population française lui témoigna un vif empressement.
Il fut présenté le 10 décembre aux deux chambres du congrès par leurs présidents, qui lui adressèrent des félicitations. Enfin, le 20 décembre, le congrès adopta à l'unanimité un bill par lequel une somme de deux cent mille dollars, avec la propriété d'un terrain de vingt-quatre mille acres dans la partie la plus fertile de la contrée, fut offerte au général en récompense de ses services et en indemnité des dépenses qu'il avait faites dans la guerre de l'Indépendance. Il reçoit du peuple américain 200 000 dollars et 12 000 ha en Floride. L'université Princeton lui décerne à cette occasion un doctorat honoris causa, attribué en 1790.
La Fayette eut le déplaisir de ne retrouver qu'un bien petit nombre des officiers qui avaient combattu avec lui pour la liberté américaine ; mais on lui présenta plusieurs des miliciens qui avaient servi sous ses ordres, et il les revit avec un touchant intérêt.
Son séjour en Amérique se prolongea pendant quatorze mois, qui ne furent qu'une marche à peine interrompue dans les vingt-quatre États de l'Union, et une succession continuelle d'honneurs, de fêtes et de louanges auxquels il répondit constamment avec modestie et cordialité.
Chargé par la famille de Washington d'envoyer le portrait de son illustre chef à Bolivar, il y joignit une lettre flatteuse pour le libérateur de la Colombie, qui répondit que Washington donné par La Fayette était la plus sublime des récompenses que pût ambitionner un homme. En remontant, l'Ohio, à la suite d'une tournée dans les provinces du sud-ouest, le bateau à vapeur qui portait le général toucha sur un écueil et coula bas, à cent vingt-cinq milles environ de Louisville, où il se rendait ; mais cet accident n'eut aucun effet sérieux, et le général avec sa suite fut immédiatement reçu à bord d'un autre bâtiment, sur lequel il acheva sa traversée par Cincinnati, Pittsburg, Utica, Boston et New-York. Après avoir séjourné de nouveau pendant quelques semaines à Washington, chez le nouveau président, M. Adams, La Fayette se mit en devoir de retourner en France. Le 7 septembre 1825, il reçut les adieux des ministres, de tous les chefs civils et militaires de l'État, et d'une foule de citoyens réunis dans l'hôtel du président de la république. Organe de cette imposante assemblée, ce magistrat, dans un discours étendu, récapitula la vie de La Fayette, rappela son dévouement à la cause américaine, et la fermeté sans déviation avec laquelle, pendant quarante ans, il avait soutenu, au milieu des succès et des revers, la cause glorieuse de la liberté. Le général répondit par une éclatante glorification de l'Amérique républicaine ; il exhorta les États à la concorde et à l'union, se sépara pour la dernière fois de ce sol, et, après une heureuse traversée sur la frégate la Brandywine, il prit terre au Havre le 5 octobre 1825. L'aspect politique de la France s'était favorablement modifié pendant son absence.
La Fayette profita aussi de son séjour aux USA pour plaider la cause de la Grèce insurgée contre l'Empire ottoman. Avec d'autres philhellènes, il chercha à pousser les USA à intervenir dans la guerre d'indépendance grecque[76].
"
Un des plus beaux cadeaux que nous
ait fait la vie, c'est quand notre prénom
a l'air d'un mot gentil.
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La majorité des femmes mariées se plaignent de leur mari.
La majorité des femmes non mariées se plaignent
de ne pas avoir de mari.
Donc le problème c'est pas le mari c'est la femme.
Christine van Berchem
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sont ma propriété. Respectez mon travail.
Si l'une d'elles vous plait,
demandez moi l'autorisation avant.
Dans la solitude, il y a celle que l'on subie,
et celle que l'on désire,
l'une est une maladie et l'autre un médicament.
JAA
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