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AS TU CHABA ! … « AITAU QUO SIA ! »…
On pourra toujours gloser sur l’histoire de la Langue Limousine à travers les âges et les raisons de sa survivance malgré des périls politiques qui ont pu la menacer…
« La Revoluciu de 1789 fague au cé dou mau e dou be à notre lenga. Dou mau perço que l’ideia centralisaira podia pas acetar quela pluralitat de parlara, e l’abbat Grégoire, Deputat a la Constituanta commence la guerra contre los patois. Mas co sigue, l’oucasiu de n’en eitablir lo recensamen per los mies deitruire… Dou be perço que un s’apercegue que la lenga d’oc se parlava pertot e que la propaganda, tant dou costat leialiste que dou republicain s’en siervit. Enfin parça que la Revoluciu apportava un esperit novèu anan vers mai de libertat, qu’en lettradura se marquara per una oùposiciu au classicisme finissènt per l’eipelida dou romantisme, e per un novèu corent que vendra ajudar la granda Reneissença dou Felibrige e preparar un cop de mai la subrenvivenciade quela faussa-mortat que faut de tota eiternitat tuar e tornar tuar... Mas se comprendria pas lo cop de soleil, de Mireia, le brut que fague a Paris e l’eipelida dou Felibrige si vesian pas dins dous biais différents naisse e se deivelopar un intérêt de mai en mai grand per los Trobadors, la Lenga Romana e per quis poetes popularis que convenian tabe à las ideias socialas dou moment... » [ 57 ]
On pourra toujours saluer avec lyrisme la région Limousine et son « parler »…comme « Josep Ros nos i convida dins son invocation a la « lenga lemosina » qui suit [ 58 ]:
Ai Lemozis , franca terra cortesa « Ah Limousin, terre franche et courtoise
Enspira mai ! chanta mai ! pensa mai Inspire, chante, pense encore,
Floris e frucha anuech coma jamais » Fleuris et fructifie aujourd’hui comme jamais »
Il reste que bien du temps s’est écoulé depuis l’époque des troubadours...
La langue Occitane intéresse encore quelques nostalgiques mais ils sont… marginaux, à défaut d’être marginalisés, même si leur noyau est toujours dense...
Marcelle Delpastre rappelait, à la fin de l’un de ses ouvrages, que le Limousin fut « la langue des papes et des rois. [ il ] connaît sa plus haute gloire au XIIème Siècle, et depuis sept cent ans n’en finit pas de survivre dans les cours de fermes où le Grand Siècle, comme le Siècle des Lumières, s’étonnait d’entendre sonner le subjonctif à tous les temps et dans leurs plus précieuses subtilités ! » [ 29 ]
« Aitau quo sià » ! ... Mais cela ne semble plus intéresser grand monde, « per moun arma »! ... Question de civilisation !
Michel Peyramaure, Romancier de « l’Ecole de Brive », situe l’un de ses romans dans le Bas-pays Corrézien, au début du XXème Siècle... [ 59 ]
Pour renforcer « l’authenticité » du tableau qu’il propose, il parsème, ici ou là, ses écrits de termes « patois » dont il « propose » ou « donne » la « signification » pour l’homme d’aujourd'hui ou tout simplement l’étranger à la région…
Ainsi en va-t-il, par exemple, pour des termes tels « bacade » ( pâtée pour les porcs ), « baqua les gagnou » ( donner leur pâtée aux porcs ), « cantou » ( coin de cheminée ), « cailladou » ( fromage blanc ), « couade » ( récipient pour puiser l’eau ), « voï » ( oui ) « tourtou » ( crêpe de blé noir ), « grillons » ( sorte de rillettes ), « gogue » ( boudin ), « clamper » ( bavarder ), « juque » ( grenier à foin )… ou autre « fiolou » ( petite bouteille ) et encore « milhassou » ( ... intraduisible désignation pour un met culinaire local succulent dont il faut se régaler ! ) [ 59 ]
Ces quelques mots de patois suscitent en moi des résonances, des sensations, des odeurs ou des … saveurs… bien supérieures à ce que pourrait rendre toute traduction des mêmes termes en une pure langue française !
… Et voilà, illico, une bouffée de nostalgie qui monte en moi … Le souvenir de réalités concrètes, bien souvent disparues aujourd’hui, jadis appréhendées au cours de mon enfance Corrézienne sur le plateau Corrézien !
Qu’en sera-t-il toutefois pour les générations à venir ?
... Car d’ores et dejà, les termes « tessenou » ( collier ) ou « peilharot » ( chiffonnier ) me « parlent » beaucoup moins... « Fi de lou »… Ils sont inintelligibles pour moi… Ils ne correspondent à rien de concret dans mes représentations…
Coissac s’interrogeait déjà aux débuts du vingtième siècle sur la survivance menacée de la langue régionale…
« Que deviendra notre bon patois limousin, rude comme nos monts, fleurant en ses syllabes le parfum de nos fleurs des champs ? Combien de temps encore entendra-t-on ce verbe ancestral dont la sonorité demande des échos, dont la saveur est celle de l’excellent pain bis ? Qui voudra continuer à parler comme on parlait uniquement en nos campagnes, voilà moins d’un demi siècle ? Enfin, qui recueillera toutes ces expressions, nôtres par la sagesse et l’humour, et ces chansons aux rimes si riches, en dépit parfois de la pauvreté de l’idée ? Notre langue limousine est-elle condamnée ? Autant d’anxieux points d’interrogation, autant d’inquiétudes pour ses tenants et amateurs lettrés. Si l’on parle chez nous comme autre part, le meilleur du pays disparaît. (…) Cette langue était l’œuvre même des Limousins, forgée au cours des siècles, peu modifiée et sans cesse enrichie. La perdre, c’est perdre une fortune, c’est renier un legs sacré ! » [ 28 ].
Déjà demandait l’institutrice à l’enfant : « Fais moi plaisir ne dis plus « clédou » pour le portillon de l’école, « cacal » pour noix, « rabe » pour rave (…). Lorsque tu passeras ton certificat personne ne t’interrogera en patois » ! (…).
Et lorsque l’élève disait : « J’ai bouté mes socques pour aller guère les vaches près du gode à cause qu’il y a de la boude », le jeune maître (…) lui faisait écrire dix fois : « j’ai chaussé mes sabots pour aller chercher mes vaches près du réservoir à cause de la boue » ! [ 59 ] ...
Déjà l’enfant ne devait plus parler comme il savait, c'est-à-dire en fait comme il « poudait » !!
Abandonner à tout prix « l’idiome local » pour la langue française... Une certaine idée du progrès, longtemps partagée…
Marcelle Delpastre avait, elle aussi, la nostalgie de son enfance, de ses jeux d’enfants, du temps qui avait passé…
« Temps passé, temps heureux dans la mémoire, ce qu’il en reste, aussi peu qu’il en reste ! C’était pour nous, c’était avant tout, le temps de l’aitau quo sià. Il aurait mieux valu dire, peut-être, aitau quo serià. Dans notre idée nous pensions, en français : ainsi, ce serait... Mais nous disions bien : aitau quo sià, sans vraiment savoir que cela voulait dire : qu’il en soit ainsi. Ainsi soit-il. Amen » [ 29 ] ...
« Aitau quo sià » donc !
« Barra la ! »... « Taisa té ! » ... « N'i a pro ! Vaï t'en »...
« As tu chaba ! »
Je ne peux pas clore ces quelques lignes que je rédige en cette fin d’année 2005, sans quelques raisons d’espérer pour l’avenir de la langue limousine en relevant son enracinement encore profond…
En juilllet 2005, le quotidien « La Montagne », édition de Brive, s’intéressait aux sujets Britanniques qui viennent s’installer toujours plus nombreux en Limousin…
Sara Lehan, qui tient une épicerie à Saint-Aulaire, « interviewée » déclarait : « J’ai fait deux ou trois ans de Français au lycée mais ce n’est pas le même Français qu’ici ; en plus les gens parlent vite, certains me parlent même en patois ! » [ 61 ]
Le même quotidien, en Octobre 2005, évoquait sous le titre « Pour que le patois ne se perde pas » , les travaux de l’Institut d’Etudes Occitanes, en particulier la réalisation d’enregistrements auprès d’un groupe de « seniors » de Cosnac de conversations tenues ou d’histoires racontées en patois … [ 62 ]
source et extrait :http://perso.orange.fr/eliedufaure1824-1865