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Le conte de Charles.Limousin.

Le conte de Charles
Les amis de Charles

     C'était le dernier d'une famille de onze enfants et, à cause de sa petite taille, on l'avait surnommé tout d'abord "le Ratichon" et ce sobriquet fut diminué pour devenir ensuite "le Rat", surnom qu'il garda toute sa vie. Quand il fut en âge de gagner sa croûte, on lui demanda ce qu'il voulait faire.
"Je veux faire, dit-il, un métier pas trop fatiguant. Je serai colporteur. Je vendrai des aiguilles, du fil, des boutons, tout ce qui est nécessaire aux femmes pour la couture. Je vendrai aussi des rubans, oui, de beaux rubans pour les jeunes filles qui veulent se distinguer.
- Mon pauvre petit "Rat", tu n'auras jamais trois bons jours dans ta vie avec ce métier-là! Passer ton temps sur les chemins, à gagner une misère! Oui, pas trois bons jours, dans toute ton existence!
- On verra bien!"
     Et le "Rat", malgré les sages conseils de son entourage, se fit colporteur et se mit à battre le pays.

     La prophétie familiale se dessinait un peu plus précisément au fur et à mesure que le temps passait : il n'avait jusqu'à présent pas connu trois bons jours.
     Une fois il arriva à la demeure d'une vieille et riche dame. Notre "Rat" avait grand faim et grande lassitude était en ses bagages. Il espérait bien trouver en ces lieux couvert et gîte. Aussi, se fit-il passer pour "divinaire", homme capable de retrouver les objets perdus et doué de bien d'autres pouvoirs.
"Comme vous tombez bien, s'exclama la riche hôtesse. J'ai justement perdu un brillant, monté sur bague, ma servante et mes deux domestiques n'ont pu remettre la main dessus.
- Hé bien, je vous le retrouverai! Mais il faut, pour cela, que vous me donniez votre meilleure chambre dans laquelle vous me ferez servir la meilleure nourriture. Et il ne faudra surtout pas me déranger" ajouta le "Rat", plus préoccupé par la perspective de couler quelques jours agréables que par la quête de la bague, aussi belle fut-elle.
Ainsi fut fait.

     Le colporteur, installé dans la plus belle chambre du logis, dîna, le premier soir, fort copieusement. Comme la servante, qui avait porté les plats, venait pour desservir, le "Rat", à l'idée de ce premier jour terminé dans l'abondance et l'oisiveté, s'écria: "ça y est, j'en tiens un!".
La servante sursauta, mais cachant son trouble, s'esquiva prestement.
     

     Le lendemain, ce fut l'un des deux domestiques qui lui servit les repas. Le soir, après souper, mon aïeul se félicita de nouveau: "Et de deux!", dit-il pendant que le valet débarrassait le couvert. Celui-ci faillit échapper les assiettes, rougit violemment et s'engouffra dans l'escalier précipitamment.

     Le troisième jour, le dernier serviteur apporta le plateau. " Ce coup-là, je les tiens tous les trois!" se félicita le "Rat", trop heureux de faire mentir la prophétie
Aussitôt, le domestique se jeta à se pieds et se mit à l'implorer: " Pitié! Ne dites rien!"

     Car, tu l'as deviné, les trois serviteurs étaient complices et avaient dérobé le fameux brillant.
     Le "Rat" était bon, autant que rusé. Aussi c'est en ces termes qu'il s'adressa au pauvre bougre :"Tu vas faire ce que je te dis. Prépare une pâtée bien épaisse, mets-y la bague et donne la pâtée à ce gros jars qui fait tant de bruit et ne cesse de me réveiller chaque matin. Je m'occupe du reste."
     Un moment après, il alla trouver son hôtesse, qui lui demanda: "Alors, pouvez-vous me dire où est mon brillant?
- Bien sûr. Faites tuer votre jars, la bague est dans son gésier".
Ainsi fut fait. La bague fut retrouvée, le "Rat" congratulé pour sa perspicacité, les trois voleurs par là même épargnés et le jars mangé.

     Le lendemain, la maîtresse de maison, intriguée malgré tout par les dons de son hôte, voulut l'éprouver de nouveau.
"Voyons! Vous avez retrouvé ma bague. C'est bien. Mais saurez-vous me dire ce que contient cette soupière?"
     Notre homme était bien dans l'embarras. Ce que contenait la soupière, il n'en avait pas la moindre idée.
"Ce coup-là, mon pauvre rat, te voilà pris!" s'exclama-t-il en désespoir de cause.
L'hôtesse souleva le couvercle de la soupière d'où s'échappa ….un rat.
Inutile de dire combien le prestige du colporteur s'accrut.

La légende veut que sa fortune, après ce coup décisif, fut faite.

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