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Un vaccin antitabac pour arrêter de fumer
Les quelque 1,3 milliard de fumeurs que compte le monde pourraient disposer d’un nouveau moyen efficace pour lutter contre leur dépendance : un vaccin antinicotine. Selon une étude rendue publique lors d’un congrès qui s’est tenu à Orlando (Floride) au mois de mai, près de 60 % des fumeurs chez qui le vaccin a été testé et où il a produit le plus d’anticorps ont arrêté de fumer pendant au moins six mois, alors que le pourcentage s’est limité à 30 % (le même que dans le groupe placebo) chez ceux qui présentaient un taux d’anticorps moins élevé.
“Ces résultats indiquent clairement que les anticorps antinicotiniques constituent une aide au sevrage”, a déclaré Jacques Cornuz, du Centre hospitalier universitaire vaudois de Lausanne, qui a conduit les tests. “Ils confirment l’effet de la vaccination.”
Cependant, avant d’entreprendre des tests cliniques à grande échelle, il faudra, selon lui, trouver le moyen d’“optimiser la réponse immunitaire” de manière qu’un maximum de patients présentent un taux d’anticorps élevé. Cela suppose que l’on pratique d’autres injections ou que l’on augmente la quantité d’agent immunisant dans chaque dose. Pour Jacques Cornuz, les prochains tests ne pourront pas commencer avant trois ans. Roy Herbst, du centre de cancérologie Anderson à Houston, juge ces résultats extrêmement intéressants. “La meilleure façon d’aider les gens est de prévenir la maladie, dit-il. Le fait d’avoir un traitement contre la dépendance me paraît très encourageant.”
Quelque 30 % des décès liés au cancer (87 % dans le cas du cancer du poumon) sont imputables au tabagisme. Le tabac crée une grande dépendance, supérieure, selon certains chercheurs, à celle engendrée par la cocaïne ou l’héroïne. Il existe un grand nombre d’aides au sevrage. Mais, comme le souligne Roy Herbst, chez certains fumeurs, toutes ces méthodes se révèlent inefficaces.
Aujourd’hui, quatre laboratoires sont en train de tester des vaccins antinicotine : Cytos Biotechnology, de Zurich, pour lequel travaille Jacques Cornuz, Xenova Group, en Grande-Bretagne, Nabi Biopharmaceuticals, en Floride, et Prommune, dans le Nebraska. Le principe de ces vaccins est très simple : ils produisent dans le sang des anticorps qui neutralisent la nicotine et l’empêchent d’agir sur le cerveau. Les molécules de nicotine étant incapables par elles-mêmes de déclencher une réaction immunitaire, les chercheurs ont imaginé d’en regrouper plusieurs sur des protéines plus grosses ou sur des substances synthétiques capables de créer la réaction.
Pour réaliser leur test, Jacques Cornuz et son équipe ont fait appel à 341 patients de trois hôpitaux suisses. Les deux tiers ont reçu cinq doses de vaccin par mois pendant quatre mois, tandis qu’une substance placebo était administrée aux autres. Pour l’analyse finale, un tiers des patients n’a pas été pris en compte, car ceux-ci avaient eu recours à des gommes, patchs et autres produits de substitution, qui auraient faussé les résultats. Sur les 53 patients qui ont développé le plus d’anticorps, 30 ont arrêté de fumer et les autres ont réduit leur consommation de tabac.
Thomas H Maugh II
Los Angeles Times