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Le verlan est une forme d'argot français qui consiste en l'inversion des syllabes d'un mot, parfois accompagnée d'« élision », un type d'apocope, afin d'éviter certaines impossibilités phonologiques[]. C'est en inversant les syllabes de la locution adverbiale à l'envers que le terme de verlan a été créé. Aussi parle-t-on de formes verlanisées pour caractériser les vocables issus du verlan.
Sans être connues sous le nom de verlan, les formes de métathèses en français les plus anciennes remontent au Moyen âge et ont commencé à être utilisée par le peuple à partir du XVIe siècle[] mais l'usage du verlan s'est particulièrement développé à partir de la Seconde Guerre mondiale[]. Initialement utilisé comme langage cryptique dans les milieux ouvriers et immigrés de la banlieue parisienne, il s'est rapidement répandu à toutes les classes de population, notamment grâce à son usage au cinéma et en musique[].
Formation du VERLAN
La formation d'un mot en verlan est essentiellement phonétique. Le verlan étant une langue orale, on peut trouver de nombreuse exceptions. Néanmoins, la grande majorité des formations se décompose en quatre opérations :
Seule la troisième opération (inversion) est présente dans tous les mots de verlan. Elle est caractéristique de cet argot.
Le tableau ci-dessous récapitule et donne des exemples d'une telle formation (la case est laissée en blanc lorsque la modification ne s'applique pas au mot)
| mot initial | Modif. dern. voyelle | Découpage | Inversion | Troncation |
| Herbe | Herbeuh | Her-beuh | Beuh-er | Beuh |
| Bizarre |
| Bi-zar | Zar-bi | Zarb' |
| niquer |
| ni-quer | ké-ni | kénn' |
| moi |
| m-oua | ouam |
|
| poil |
| p-oil | oil-p | oilpé |
| flic | flikeuh | fli-keuh | keuh-fli | keuf |
| ça |
| ç-a | ass |
|
| choper |
| cho-pé | pé-cho |
|
| cigarette |
| ci-garette | garette-ci | garo |
| discret | discreu | di-screu | screudi | screud' |
| arabe | arabeuh | ara-beuh | beuh-ara | beur |
| énervé | énerv' | éner-v | vénère |
|
| "n'importe" "quoi" | "nimport'" "quoi" | "nin-port'" "k-oi" | "portnin" "oik" | "portna" "wak" |
source: wikipedia
Une petite leçon de vocabulaire proposée par un journaliste britannique qui se sent un peu dépassé.
Je croyais jusqu’ici pouvoir me débrouiller avec le français des jeunes. Je savais que, lorsqu’on ne saisit pas un mot, il suffit en général de le décomposer en syllabes et d’inverser celles-ci pour arriver à une expression qui n’aurait pas été étrangère à Molière. Je m’amuse toujours à essayer de déchiffrer ces tours de passe-passe linguistiques qui aboutissent au “verlan”.
Certains des mots en verlan sont si bien intégrés dans la langue française qu’ils figurent dans les meilleurs dictionnaires. Ce sont des termes comme meuf (femme), keuf (flic), teuf (fête), keum (mec) et skeud (disque). Les choses se corsent avec les mots composés de plusieurs syllabes. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre que tromé signifiait “métro”, turvoi “voiture”, sketba “baskets”, zicmu “musique”, zarbi “bizarre” et kommak (ou kommas, et même sakom) “comme ça”.
Il faut vraiment être attentif quand les jeunes commencent à dire des phrases entières en verlan. Portnawak, une expression sur les lèvres de tous les moins de 30 ans, signifie “n’importe quoi” en verlan. Ce qui donne : “cette teuf, c’est portnawak”. Les abréviations exigent elles aussi une grande concentration. Ainsi, guez, qui signifie “pénis”, vient de guezmer, ou “merguez” en verlan. Et il suffit que des animateurs de la télévision adoptent ces expressions pour qu’elles subissent un nouveau processus d’inversion et que Beur, ou “Arabe” en verlan, devienne Rebeu. Vous suivez ?
Toujours est-il que je croyais naïvement ne pas passer pour un parfait idiot aux yeux de la génération PlayStation jusqu’à ce que, l’autre soir, je glisse quelques mots en verlan (de façon très naturelle, selon moi) à Radija, notre baby-sitter. Elle qui est généralement polie est partie d’un éclat de rire interminable.
Le verlan ? Laissez tomber ! Ce n’est plus du tout chébran (branché), mister face-de-fesse (imbécile). Aujourd’hui, pour être vraiment dans le coup, il faut utiliser des mots arabes ou anglais (comme cool) ou des interprétations métaphoriques du français. L’anglais est tellement tendance que des mots comme boss, cash, destroy, girly, top, deadline, old lady, warm-up, ruffneck (sic) et roots ont détrôné leurs équivalents français. Mais certains usages ont de quoi déconcerter des anglophones : cow-boy est employé dans le sens de policier et le terme airbags désigne les seins d’une femme.L’arabe est également omniprésent. Le mot kif (joint) est devenu un verbe signifiant “s’amuser” ou “aimer quelque chose”, tandis que casbah est utilisé pour “maison” et que woualou (rien du tout) est la dernière version de portnawak (vous vous souvenez ?).
Mais les meilleurs néologismes, m’a expliqué Radija, demandent un moment de réflexion. Une Mururoa, par exemple, est une fille splendide (équivalent de l’ancienne bombe). Un Bounty (d’après la friandise du même nom) est un Noir qui essaie de se comporter comme un Blanc, être sur pause signifie “être au chômage” et une nuigrave est une “cigarette” (d’après la mise en garde imprimée sur les paquets de cigarettes).
Je n’avais vraiment aucune chance, m’a-t-elle dit gentiment. Non que je sois un hamster (crétin), non que je sois trop gaulois (trop français). Je n’étais pas connecté, voilà tout. Et j’étais aussi un rien joibour, la forme en verlan de… Oh, je vous laisse deviner. J’en ai assez dit.
Jon Henley