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Très recherché, il est le sésame d’une soirée réussie ou d’un dîner de famille. Au fond, ce pitre que rien de triste ne semble jamais atteindre n’est-il pas un sacré veinard ? Pas si simple ! « Le clown est un personnage intéressant, à double titre, explique le psychanalyste Philippe Grimbert. C’est un touche-à-tout de génie, brillant et intelligent, mais porteur d’une fêlure. Le ressort de son personnage, c’est de toujours faire rire… y compris de ses propres malheurs. »
Pactiser avec son inconscient
Les psychanalystes le savent bien : faire rire est aussi une agréable manière de pactiser avec son inconscient. Contrairement à l’acte manqué ou au lapsus qui nous échappe, l’humour est « une façon stratégique de libérer une angoisse inconsciente », disait Freud. En ce sens, l’humour est la politesse du désespoir. « Une anxiété chronique, ou une forme de timidité, peut s’exprimer sous couvert de plaisanterie », affirme Philippe Grimbert.
D’autre part, les clowneries tiennent le monde, et les gens, à distance. Dans les relations de couple, par exemple, certains se réfugient systématiquement derrière l’humour, s’en tirent par des pirouettes et des traits saillants. Mais leurs partenaires ont tendance à s’en plaindre : « Avec lui, impossible de parler sérieusement ! »
Une estime de soi très basse
Faire systématiquement le pitre découle le plus souvent d’un manque d’estime de soi, « ce regard-jugement sur soi » que les thérapeutes comportementalistes jugent absolument déterminant pour l’équilibre de la personne. Les "rigolos" se sentent en permanence inadéquats. Ils ont la ferme conviction que, s’ils ne font rien d’amusant, ils ne pourront intéresser personne. On compte sur eux pour mettre de l’ambiance et ils le savent très bien.
Ces comportements "hilarants" leur permettent, en réalité, d’atteindre deux objectifs apparemment contradictoires : « Attirer l’attention sans pour autant se révéler », explique le psychiatre Christophe André. Et ces buts inconscients naissent tous deux de la vision déformée qu’ils ont d’eux-mêmes.
Avant tout, être reconnu
Comme l’a écrit le psychanalyste Donald W. Winnicott, « à l’inverse d’un désir dont on peut faire le deuil, un besoin qui n’est pas peu ou prou satisfait pendant l’enfance peut continuer à tarauder l’adulte inlassablement ». Le besoin de faire le clown renvoie à celui d’être reconnu, valorisé. Ainsi, le "rigolo" met en place des stratégies pour que l’entourage s’occupe de sa personne. Envers et contre tout.
Pour la psychologue Suzanne B. Robert-Ouvray, « enfants, ces éternels amuseurs ont remarqué que l’attention que leur portaient leurs parents était proportionnelle à leur capacité à les faire rire ». Ayant intégré ce qu’ils croyaient être une demande parentale, ils vont répéter ce mode de fonctionnement, soit pour obtenir quelque chose de leur entourage, soit pour éviter à leurs proches de s’ennuyer.
En outre, ils imposent aux autres de "subir" leurs blagues, tout comme ils se sont sentis obligés de répéter de façon systématique un comportement au départ spontané. En fait, lorsque ce talent de "faire le clown" est sans cesse mis en avant, il risque d’empêcher toute relation authentique. Quand nous nous montrons sous notre vrai jour, parfois drôle et dynamique, parfois triste et cafardeux, nous prenons le risque de ne pas plaire à tout le monde. Mais ceux qui nous apprécient vraiment savent alors à quoi, et surtout, à "qui", s’en tenir.
Source: http://www.psychologies.com