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La siréne et le lapin.3.

Il trottait dans un pré autour de la montagne quand il vit un gros oiseau qui gisait sur le sol. L’oiseau faisait des efforts pour se relever mais il avait une aile cassée et il ne pouvait plus s’envoler. C’était bien triste de voir un oiseau dans cet état et le cheval vint lui porter secours.

- Oh ! Bel oiseau, lui dit-il. Je vois que tu es gravement blessé. Je ne sais pas recoller les ailes cassées car je ne suis qu’un cheval. Peut-être veux-tu que je te transporte dans un lieu plus sûr ? Car ici tu es à la merci des bêtes féroces qui vont te dévorer.
- Noble cheval noir. Tu peux en effet m’aider. Va vite dans la forêt et rapporte-moi une plante rouge avec une bordure verte dotée de reflets bleutés, dorés et argentés. Tu ne peux pas te tromper, il n’y a qu’une plante qui soit comme je te l’ai décrite. Rapporte-moi très vite cette plante magique car les prédateurs ne vont pas tarder à venir, attirés par l’odeur de ma mort prochaine.

Le cheval s’élança vers la forêt pour trouver la plante. C’était une plante très rare mais comme elle poussait très haut et que le cheval était très grand et courait très vite, il n’eut aucune difficulté à la trouver. Il rapporta la plante à l’oiseau blessé qui la mangea sans attendre. Et soudain l’oiseau se transforma en une belle et majestueuse dame dont le bras cassé pendait vilainement le long du corps.

- Oh ! Mon beau cheval, dit la belle dame. Comme tu es gentil. Je suis une sorcière, une gentille sorcière, et tu m’as sauvé la vie. Un de mes ennemis sorciers, qui est très puissant et très méchant, m’a transformée, au cours d’une querelle idiote, en oiseau et comme je ne suis pas très habile avec des ailes, je suis tombée et une de mes ailes s’est cassée. Ne t’inquiète pas pour mon bras cassé, je peux maintenant aller chercher la plante qui guérit les fractures. Grâce à ton aide j’ai gardé la vie et je suis redevenue une sorcière. Avant de me guérir mon bras, je souhaite que tu profites de mon pouvoir retrouvé. Dis-moi ce que tu veux et je te le donnerai.
- Oh ! Belle et gentille sorcière. Je suis heureux de vous avoir rendu ce service mais je ne veux rien. Je suis venu ici seulement pour cueillir une fleur enchantée. Ma belle sirène se meurt d’amour et je dois lui apporter cette fleur qui la guérira en rendant amoureux l’homme qu’elle aime.
- Noble cheval noir. On dit que cette fleur légendaire pousse tout là-haut sur la montagne mais je ne l’ai jamais vue. Ce qui est sûr c’est que jamais un cheval, même puissant comme tu l’es, ne pourra l’atteindre, car aucun sentier ne monte jusqu’à la cime. Je vais te transformer en un bel oiseau muni de grandes ailes qui te permettront de monter jusqu’au sommet, afin que tu puisses cueillir sans danger la fleur que tu désires tant.

Et le bel étalon noir se transforma en un bel oiseau blanc au plumage d’argent.

Il volait, il volait le bel oiseau blanc. Ses immenses ailes puissantes le menèrent rapidement au sommet de la montagne. Il chercha longtemps la fleur mais, malheureusement, il ne la trouva pas. Partout il chercha, dans les replis de terrain broussailleux, dans les trous des rochers, dans les grottes sombres, dans les crevasses exiguës, dans les entassements de roches écroulées, dans les petits arbres chétifs et dans les grands arbres majestueux, dans les nids d’aigle les plus vertigineux, dans les rivières bouillonnantes et tumultueuses, sous les cascades bruyantes, dans les terriers étroits et malsains. Il risqua plus d’une fois sa vie en pénétrant dans les cachettes les plus dangereuses, en s’enfonçant au fond des rivières les plus profondes, en passant sous les cascades les plus puissantes, en se mêlant aux éboulis de roches les plus instables, en côtoyant les animaux les plus féroces. La fleur était introuvable. Etait-ce une légende ? L’oiseau ne pouvait pas l’admettre car, dans ce cas, il ne pourrait pas tenir sa promesse et cela signifierait la mort de sa belle sirène bien-aimée. Comme il ne voulait pas qu’elle meure, il continua à chercher pendant très longtemps. Tous les animaux de la montagne finirent par le connaître, tous parlaient de lui, de son inlassable et vaine recherche, de son amour éternel, infini et désintéressé pour la sirène, de son courage, de sa persévérance. Nul animal n’ignorait l’objet de sa quête et tous auraient voulu l’aider. Mais personne ne le pouvait car, si tous les animaux connaissaient la légende de la fleur enchantée, aucun ne l’avait vue et aucun n’avait entendu quelqu’un prétendre l’avoir vue.

La rumeur de la quête désespérée de l’oiseau finit par parvenir aux oreilles du génie de la montagne. Ses terres étaient bien troublées par les commentaires circulant sur le bel oiseau qui volait partout et sans trêve. Le génie eut pitié de lui et il le convoqua à sa cour.

- Oiseau, lui dit-il, j’apprends que tu cherches une fleur miraculeuse qui rend amoureux. Je suis désolé de te l’apprendre mais sache que c’est une légende. Cette fleur n’existe pas. Elle n’a jamais existé. Ta quête est donc vaine et tu vas mourir d’épuisement en la cherchant inutilement.
- Noble génie de la montagne, si cette fleur n’existe pas, je vais la créer car je ne peux pas laisser mourir la plus belle, la plus digne et la plus gentille sirène. Je vais continuer ma quête et je suis sûr que, en la cherchant beaucoup et avec toute mon énergie, avec tout mon acharnement, en souhaitant la trouver de tout mon coeur, en ne pensant qu’à elle, cette fleur sortira de terre et  je serai le seul à pouvoir la voir et la cueillir.
- Fidèle oiseau, je ne peux pas t’empêcher de continuer ta folle quête. Va, mais sache que, si tu persistes à poursuivre la mort ainsi, elle ne va pas tarder à t’emporter.

L’oiseau repartit et continua sa quête sans tenir compte des conseils du génie de la montagne et des animaux qu’il rencontrait. Il était épuisé, il ne buvait plus, ne mangeait jamais, volait nuit et jour, dans le noir le plus absolu et dans la clarté la plus aveuglante, sous la pluie glaciale, sous le soleil ardent, sous la neige froide, dans le brouillard épais. Et, un jour, il tomba brutalement sur le sol. Il était désormais trop faible pour se relever et reprendre son vol. Et il mourut. Tous les animaux de la montagne assistèrent à sa fin et ils pleurèrent tous ce brave et fidèle oiseau dont l’amour et la constance avaient provoqué l’affaiblissement du corps mais dont l’âme était restée forte jusqu’au bout. Cet oiseau qui ne s’était jamais découragé devant l’impossible. Cet oiseau qui, après sa mort, allait devenir une nouvelle légende de la montagne. Cet oiseau qui, quelques jours plus tard, avait complètement disparu, dévoré par les nuées d’insectes affamés.

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